22nd October 2026, Thursday

Terre plate

La théorie de la Terre plate affirme que la Terre est un disque plat, entouré d’une barrière de glace, et que l’ensemble des preuves de sa sphéricité constituent une mise en scène orchestrée à l’échelle mondiale. Cette croyance, que l’on pourrait croire marginale, dispose de communautés actives sur tous les continents, de conférences internationales et d’une présence massive sur les plateformes vidéo. Les partisans de la Terre plate ne forment pas un groupe homogène : leurs cartes du monde, leurs explications des phénomènes astronomiques et leurs théories sur les auteurs de la dissimulation divergent selon les courants. Ce qui les unit est la conviction que la forme réelle de la Terre est cachée.

Ce que ça désigne

La théorie de la Terre plate désigne un ensemble de croyances selon lesquelles la Terre ne serait pas une sphère mais un disque, avec le pôle Nord au centre et l’Antarctique reconverti en mur de glace circulaire sur le pourtour. Dans ce cadre, la gravité telle qu’elle est décrite par la physique newtonienne serait fausse ou inexistante : la sensation de pesanteur serait expliquée par une accélération constante vers le haut du disque.

Le Soleil et la Lune seraient de petits objets lumineux se déplaçant au-dessus du disque, non des corps célestes aux dimensions astronomiques. La NASA, les agences spatiales mondiales, les compagnies aériennes et les gouvernements participeraient tous à un mensonge coordonné depuis des décennies pour dissimuler cette réalité. Les motivations prêtées à cette dissimulation varient selon les versions : contrôle religieux, raisons financières, maintien d’une illusion de normalité, ou encore volonté d’effacer le caractère unique et central de la Terre dans l’univers.

Qui en parle

Le mouvement flat earth contemporain s’est structuré autour de quelques figures centrales. Eric Dubay, qui a publié « The Flat Earth Conspiracy » en 2014, et Mark Sargent, dont la présence dans le documentaire Netflix « Behind the Curve » (2018) lui a donné une visibilité grand public, sont parmi les plus connus. Des centaines de chaînes YouTube, de comptes Instagram et de groupes Facebook relayent et amplifient ces idées dans de nombreuses langues.

En France, des créateurs de contenu dédiés au conspirationnisme ont intégré la Terre plate dans leurs univers narratifs, souvent en lien avec d’autres théories sur la NASA ou le Grand Reset. Des conférences internationales, les Flat Earth International Conferences, ont réuni plusieurs centaines de personnes aux États-Unis et en Europe. La communauté est active, auto-organisée et dispose de ses propres ressources de formation, de lexiques partagés et de méthodes d’investigation pseudo-scientifique codifiées.

Les origines

La conception d’une Terre sphérique est établie depuis l’Antiquité grecque : Ératosthène en a mesuré la circonférence avec une précision remarquable au IIIe siècle avant notre ère. La Terre plate en tant que théorie conspirationniste moderne est beaucoup plus récente. Elle doit sa formulation contemporaine à Samuel Rowbotham, un auteur britannique du XIXe siècle, qui a publié sous le pseudonyme Parallax un ouvrage intitulé « Zetetic Astronomy » en 1849, défendant une Terre plate par des observations directes.

Cette tradition a perduré dans des cercles marginaux jusqu’aux années 2010, où elle a connu un regain spectaculaire grâce aux plateformes vidéo. YouTube a joué un rôle central dans cette résurgence, en permettant la diffusion de vidéos pseudo-démonstrations accessibles à grande échelle. Des travaux de chercheurs de l’université de Harvard ont montré que les algorithmes de recommandation ont contribué à exposer des spectateurs de contenus scientifiques à des vidéos conspirationnistes, accélérant la propagation de ces croyances.

Comment ça circule

La Terre plate est devenue l’une des théories du complot les plus virales de la décennie 2010. Sa diffusion repose principalement sur la vidéo : des présentations de preuves, des analyses de photographies de la NASA et des expériences de perception visuelle filmées en extérieur constituent le format dominant. La plateforme YouTube a été le principal vecteur, ses algorithmes recommandant régulièrement ces contenus à des utilisateurs ayant regardé du contenu scientifique.

Les conférences, les forums en ligne et les groupes privés assurent une sociabilité autour de la croyance, renforçant l’appartenance au groupe. Les réfutations directes, parfois publiées par des vulgarisateurs scientifiques, ont paradoxalement alimenté la visibilité du sujet en générant de l’engagement supplémentaire. Sur TikTok, des formats très courts reprenant les arguments classiques de la Terre plate ont trouvé une nouvelle audience, souvent plus jeune, contribuant à renouveler les adhésions au-delà des cercles conspirationnistes habituels.

Ce qui accroche

La théorie de la Terre plate offre quelque chose que peu d’autres théories proposent : la possibilité de vérifier soi-même, par l’observation directe, une affirmation que les institutions considèrent comme fausse. Cette épistémologie du voir par soi-même, nommée zetétique par les partisans de la Terre plate, a une résonance forte à une époque de méfiance envers les experts et les institutions scientifiques.

La NASA et les agences spatiales sont présentées comme des organisations qui vendent des images, une interprétation qui prend appui sur le fait réel que certaines photographies de la Terre sont des compositions ou des projections cartographiques. La conviction d’appartenir à un groupe qui sait, face à une masse qui ne voit pas, procure un sentiment de distinction et de cohésion sociale. Enfin, l’ampleur même de la supposée dissimulation, toute la science, tous les gouvernements, toutes les compagnies aériennes, est perçue comme une preuve de l’importance de la vérité cachée, et non comme un obstacle à la crédibilité de la théorie.